The Art of Smovie: le jumpcut

The Art of Smovie: le jumpcut

Des vidéos partout

Aujourd’hui, l’univers de l’image s’est largement démocratisé grâce à l’apparition des smartphones. La vidéo est aujourd’hui partout, pour preuve, trois chiffres qui donnent le tournis : 22 milliards de vidéos sont vues chaque jour sur les réseaux sociaux (Snapchat (10 milliards), Youtube (4 milliards), Facebook (8 milliards)), 75% du trafic internet est de la vidéo… Et 75% des vidéos sont vues sur mobile. En bref, tout le monde regarde des vidéos. Et tout le monde peut faire des vidéos. Partout et tout le temps et surtout sur/avec le smartphone. Mais n’est pas Scorcèse qui veut (si seulement). Nous avons tous les outils techniques en notre possession, encore faut-il savoir comment les utiliser correctement. L’occasion pour moi de partager avec vous quelques conseils pour vous aider à faire de la vidéo – mais en mieux. Pour inaugurer cette nouvelle série d’articles, je vais évoquer une technique de montage particulièrement populaire dans le monde des Youtubeurs : le jumpcut.

 

Le jumpcut, ce mauvais élève

Le jumpcut, littéralement « coupe sautée », aussi appelé « plan sur plan » en français, consiste à couper à l’intérieur d’un même plan, et à faire ainsi succéder des scènes avec un cadrage identique ou quasi-identique. La règle en matière de montage est l’alternance des plans, avec un différentiel d’au moins 30 degrés entre chaque plan : le jumpcut casse donc les codes de la narration cinématographique classique et constitue à l’origine une « faute de langage ». Autant dire que ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.

 

Le jumpcut à la française

Le jumpcut est pour la petite histoire une « invention » française : Georges Méliès, illusionniste et cinématographe, l’utilisait au début du 20esiècle pour ses numéros et Jean-Luc Godard l’a invité dans le cinéma moderne en 1960 avec son film mythique « À bout de souffle ». Dans son premier film, Godard s’est amusé à faire ce qui ne se faisait pas, « presque pathologiquement ou systématiquement » dixit. Il a ainsi insufflé un nouveau souffle au cinéma, une nouvelle vague, en popularisant dans les salles obscures ce procédé. On se souviendra des séquences anthologiques filmées à l’arrière d’une voiture, où les jumpcuts se succèdent le plus naturellement du monde, la voix bourrue de Belmondo et celle suave de Seberg en fond sonore.

 

Vertus du jumpcut

Mais pourquoi s’adonner à cette technique de cancre ? Le jumpcut dynamise, donne du rythme et une impression de saut temporel. Il permet d’enrichir la narration, de jouer sur les émotions et la suggestion... De ce que l’on ne montre pas, de ce que l’on a préféré couper. Le jumpcut est une technique extrêmement puissante en matière de potentiel d’évocation. Elle nécessite toutefois un bon dosage… Et également une réelle intention derrière. Pensez-y quand vous l’utiliserez dans votre prochaine vidéo !